
SOMMAIRE
Les éléments suivants ne sont évidemment pas exhaustifs. Les études, documents et synthèses plus complètes viennent progressivement compléter ces pages, mais réservés aux adhérents.
1. Histoire pré-taoïste
2. Laozi et Zhuangzi
3. Confucianisme
4. Autres écoles philosophiques
5. Courants taoïstes
6. Etre taoïste
7. Panthéon
8. La vie dans les temples
9. Notions de base
10. Textes taoïstes
Le taoïsme 道教 est connu en Occident sous la forme d'une philosophie portée principalement par deux penseurs de l'Antiquité qui ont donné leur nom à leurs œuvres : Laozi 老子 et Zhuangzi 庄子. De manière erronée et durant des décennies, on a parlé à tort d'une « école philosophique » (Dao Jia 道家) qui s'opposerait à la religion qui lui a succédé. En fait, cette soi-disant école n'a aucune réalité, et le taoïsme ne peut se résumer à cette portion congrue de l'histoire de la pensée chinoise.
1. Histoire pré-taoïste
Le taoïsme s'est formé progressivement au fil du temps sur la base des croyances chamaniques anciennes dont nous pouvons avoir un aperçu dans les vestiges de la dynastie Yin (Shang, 1766 av. JC-1122 av. JC, située dans le nord-est de l'actuel Henan 河南, capitale initiale Anyang), où la divination était prépondérante avec l'utilisation des omoplates ou des carapaces de tortue (écriture Jiagu Wen 甲骨文). La culture des Shang amena aussi l'écriture, les vases cultuels en bronze (tripodes), le char attelé, le découpage du temps à base 10 et les cycles de 60 ans, différents cultes (les éléments naturels, les orients) dont le plus intéressant est celui du Souverain d'en Haut (Shang Di 上帝). Les chamans firent leur apparition sous le nom de Shi 尸 (rites funéraires) ou de Wu 巫 (sorciers).
Les oracles sous les Shang (Yin) étaient soumis au feu pour obtenir des craquelures qui étaient ensuite interprétées. Ces craquelures ont donné le nom à cette forme de divination Bu 卜¹.
La dynastie Zhou 周 (1121-256) qui lui succéda, fut fondée par le roi Wen et tient son nom de la cité située dans l'actuel Shaanxi. On lui attribue une spécialité plus guerrière que la culture précédente. La première période de la dynastie est marquée par l'extension des territoires du Shaanxi et Henan (Yin) au Shandong (Lu) à l'est et Gansu au nord par la soumission des soulèvements barbares, notamment par le Duc de Zhou (Zhougong 周公).
La dynastie des Zhou fut marquée par la division du pouvoir en clans dont la richesse de mesure par le nombre de chars (cf. Daodejing), avec une hiérarchie de cultes familiaux au sommet duquel se trouve le culte des ancêtres des Zhou. Le souverain suprême s'appelle pour la première fois Fils du Ciel (Tianzi 天子) et lui seul a le droit de sacrifier à Shangdi.
Les cultes familiaux seraient hiérarchisés en un courant royal principal (Dazong 大宗) et en courants princiers secondaires (Xiaozong 小宗). Chaque courant a ses prérogatives et ses charges. Les armées appartenant aux diverses familles sont formées de chars menés par les gentilshommes combattants (Shi 士) et la soldatesque paysanne (Tu 徒).
Ce système nobiliaire mi-guerrier, mi-cultuel, participa à l'affaiblissement du royaume et au morcellement du pouvoir en principautés (Guo 国) périphériques concurrentes : c'est la période dite des Royaumes Combattants (Zhanguo 战国) qui voit l'émergence de certains royaumes de la Période des Printemps et Automnes (春秋代) : Jin (actuel Shanxi, bientôt divisé en trois unités indépendantes Han, wei et Zhao), Qi (actuel nord-ouest du Shandong) et Qin (Shaanxi) au nord, deux petits royaumes Song et Lu, Chu (vallées du Hubei jusqu'au sud du Henan), Wu (Jiangxi) et Yue (côtes du Zhejiang).
Dans cette ancienne Chine, il faut distinguer deux cultures très différentes : celle des plaines centrales issue de l'essor des Shang-Yin puis des Zhou et celle de Chu. Tandis que la première a vu la développement d'un rite étatique avec une fonction de ministre des rites défendu par Confucius, la seconde est restée chamanique avec des caractères animistes (lire les Poésies de Chu, Chuci 楚辞). C'est dans ce royaume de Chu qu'aurait vécu Laozi, et c'est dans un petit royaume adjacent, enclavé entre Lu et Chu et le guerrier Jin qu'aurait vécu Zhuangzi.
2. Laozi et Zhuangzi
Penseurs originaux durant la dynastie des Zhou. Quelques notions de ces penseurs :
- Le Wuwei 无为
Le Wuwei est fréquemment traduit par "non agir", or le Wuwei est "action" (Wei) mais basée sur la spontanéité, sur l'absence d'objet. On agit sans agir, parce qu'on ne s'investit pas émotionnellement dans l'acte ni dans la portée de cet acte.
- Le Retour à la Racine (Guigen 归根)
C'est le retour au Dao grâce à l'acquisition des qualités innées que sont la non discrimination, le non attachement, le Wuwei. Pour les taoïstes ultérieurs, on distingue couramment deux ordres, l'un antérieur à notre naissance, l'autre postérieur, celui dans lequel nous évoluons. La démarche taoïste et notamment la voie alchimique, consiste précisément à "remonter le temps", "aller à rebours" pour revenir à la Racine qu'est le Dao.
- Le maintien du Centre (Shouzhong 守中)
"Bu ru shou zhong" (rien ne vaut de garder le centre). C'est un centre d'indistinction entre Yin et Yang, à l'abri du jugement de valeur. Pour les taoïstes ultérieurs ce précepte a une portée alchimique qui revient à rester concentré sur le Dantian inférieur ou la Chambre du Centre.
- Ne pas se disputer (Wu zheng 无争)
Car cela revient à l'attachement aux choses et à la distinction, or pour être comme le Dao, il faut se libérer du joug de l'appropriation ou à la possessivité (Wu si 无私). Ce n'est pas tant que l'on ne peut pas posséder que l'on ne doit pas s'attacher : on agit sans y réfléchir, on créé sans s'attacher au produit de cette création, on ne dispute pas et on ne se querelle pas. Ceci est un point d'importance pour les taoïstes aujourd'hui aussi.
- La Porte de tous les Mystères (Xuanzhi men 玄之门)
C'est celle qui mène au Dao. En alchimie, il existe une passe subtile et non localisable qui nous relie au Dao et qui nous permet d'y puiser (du Qi) sans craindre que la source s'épuise : c'est la Barrière Mystérieuse (Xuan guan).
- Ecouter le Qi (Tingqi 听气)
- La double pratique (Liangxing 两行)
3. Confucianisme
La doctrine de Kongzi (Confucius), né le ...
La loyauté envers le Prince (Zhong 忠)
La "bénévolence" (Ren 仁)
Le Yi
Le respect des rites (Li 礼)
L'héritage de Mengzi (Mencius)
Les commentaires du Yijing 易经
4. Autres écoles philosophiques
- L'école des Noms (Mingjia )
- L'école Légiste (Fajia )
- L'école Mohiste (Mojia )
5. Courants taoïstes
- L'école Huanglao
- L'école des Maîtres Célestes (Tianshi 天师), la génération des Zhang à l'infini
- L'école de l'Unité Orthodoxe (Zhengyi 正一)
- L'école Quanzhen et les Sept Authentiques (Qizhen 七真)
- L'école du Sud (Nanzong 南宗)
- Le courant des Talismans et des Registres (Fulu Pai 符录派)
- Le courant du Joyau Magique (Lingbao Pai 灵宝派)
- Le courant de la Clarté Lumineuse (Jingming Pai 静明派)
- Le courant du Pur et Menu (Qingwei 清微派)
- Le courant de la Porte du Dragon (Longmen 龙门派), le plus grand courant de Chine
- Le courant Wudang 武当派, la tradition martiale du mythique Zhang Sanfeng
- Le courant Bidong 碧洞派, la jonction entre la tradition de Wudang et Longmen (Sichuan)
- Le courant du Mont Fleuri (Huashan Pai 华山派)
- Le courant du Mont d'Or (Jinshan Pai 金山派)
- Le courant des Mille Pics (Qianfeng Pai 千峰派)
6. Etre taoïste
Etre taoïste c'est d'une part ressentir la vocation sincère de suivre les enseignements de cette école, d'autre part c'est faire partie d'une lignée de taoïstes ("famille"), qu'elle soit séculaire ou religieuse (les deux types de lignées auront leurs propres cultes, les uns centrés autour d'un autel familial, les autres autour d'un autel dans un temple).
L'appartenance à une lignée taoïste participe de manière importante à l'identité taoïste et requiert une entrée formelle qui se concrétise soit par une cérémonie privée où l'apprenti (ou disciple, Dizi 弟子) s'agenouille (Ketou 磕头) devant son maître et ses "ancêtres" dans la Voie dans ce qui s'appelle "rendre hommage au maître" (Baishi 拜师); soit par une cérémonie religieuse où l'on devient novice et on reçoit formellement les attributs de la lignée. Selon l'école et le courant, on reçoit un registre (Shoulu 收录) et une divinité tutélaire, ce qui est le cas dans l'école Zhengyi, ou bien on "prend des voeux" (Shoujie 受戒) pour ce qui est de l'école monastique Quanzhen.
Il existe toutes sortes de cérémonies taoïstes pour ordonner ce que nous appellerons des prêtres (Daoshi 道士), et il existe toutes sortes de types de taoïstes, les plus courants étant les prêtres (Daoshi), les ermites (Yinshi 隐士), les prêtres séculaires (Jushi 居士). Les différences tiennent à la fonction exercée, aux prérogatives religieuses ou au mode de vie particulier.
Appartenir à une lignée demande de respecter des conditions. Normalement, même si c'est de moins en moins le cas aujourd'hui à cause de la rareté des vocations, l'apprenti doit suivre une période de tests avant d'être accepté formellement. Elle vise à reconnaître la volonté (Zhi 志), le respect (Jing 敬), la sincérité (Cheng 诚), la "fibre taoïste" (avoir les "os taoïstes", Daogu 道骨) de l'apprenti, mais par dessus tout, elle permet d'établir une relation harmonieuse (He 和) entre les deux acteurs qui confirme une correspondance "innée", la destinée (Yuanfen 缘分). Il faut garder à l'esprit que lors du rituel ou de la cérémonie d'initiation (ou d'ordination), la vocation taoïste est scellée par trois parties : le maître, l'apprenti et une divinité (ou les maîtres ancêtres 祖师). Si bien que tout problème qui apparaîtrait plus tard devra toujours se régler entre ces trois parties. Les épreuves sont variables, elles diffèrent selon le maître qui initie l'apprenti, le courant et la pratique. Nous aurons remarqué que les relations entre le maître et son disciple sont calqués sur le modèle confucéen qui a structuré la société chinoise durant des siècles.
Dans le mode de vie taoïste, on peut grossièrement diviser deux communautés bien différentes : dans le courant Zhengyi, les prêtres peuvent se marier, rester chez eux et manger de la viande (sauf durant les fêtes traditionnelles et chaque 15ème jour lunaire du mois) ainsi que boire de l'alcool (qui faisait historiquement partie des rituels de libation); dans le courant Quanzhen, les prêtres doivent rompre avec leur famille (Chujia 出家), respecter le célibat, ne pas manger de viande ni boire de l'alcool. En réalité, il faut relativiser cela, ce sont les grandes lignes qui sont la règle au sein des communautés, mais en dehors de celles-ci on peut trouver une grande variété de comportements individuels, notamment chez les Daoshi Quanzhen prenant quelques libertés, mais on trouve aussi des Daoshi Zhengyi qui décident librement devenir végétariens pour leur pratique.
La vie taoïste, en tout cas chez les Quanzhen, est rythmée par les activités religieuses, la pratique individuelle (qui se fait seul), les cours théoriques en classe, les cérémonies d'initiation ou de passage au degré supérieur (par l'acceptation d'autres vœux jusqu'à une centaine), les périodes d'ascèse (trois ans minimum pour établir les fondations, mais certains adeptes s'y consacrent toute leur vie).
Etre taoïste c'est respecter a minima ces conditions :
- Respecter les Trois Trésors (Sanbao 三宝) que sont : le Tao (Dao 道), le Maître (Shi 师) et les livres (Shu 书)
- Respecter les Cinq Vœux (Wujie 五戒) : ne pas tuer (Bude Shasheng 不得杀生), ne pas boire d'alcool (Bude Shijiu 不得嗜酒), ne pas voler (Bude Toudao 不得偷盗), ne pas être hypocrite (Bude Koushi Xinfei 不得口是心非), ne pas avoir d'excès sexuels (Bude Yinse 不得淫色).
- Plus avancé, respecter les Dix Vertus (Shishan 十善) :
(1) Piété Filiale envers les parents 一孝顺父母,
(2) Loyauté envers le Maître 二忠事君师,
(3) Compassion envers tous les êtres 三慈心万物,
(4) Faire preuve de patience pour contenir toute mauvaise conduite 四忍性容非,
(5) Adresser des remontrances à ceux qui ont une mauvaise conduite 五谏净蠲恶,
(6) Abnégation de soi pour sauver les pauvres 六损己救穷,
(7) Libérer et nourrir les êtres vivants 七放生养物,Planter toutes sortes d'arbres fruitiers 种诸果林,
(8) 八道边舍井,种树立桥,
(9) Avoir un comportement bénéfique pour dissiper la malice 九为人兴利除害, L'enseignement finira par se transformer en réalisation 教化未悟
(10) Etudier les Livres des Trois Trésors 十读三宝经律,Offrir régulièrement de l'encens et des fleurs aux divinités 恒奉香花供養之具
C'est aussi, dans les temples, participer aux "Leçons méritoires du Matin et du Soir" (Zaowan Gongke 早晚功课) parmi lesquelles sont chantés (scandés à la manière des Sutras) des incantations (Zhou 咒) et des textes taoïstes, tels que le Livre de la Clarté et de la Quiétude Eternels (Chang Qingjing Jing) ou le Livre du Sceau du Cœur (Yinxin Miao Jing).
7. Panthéon
- L'empereur de Jade (Yuhuang 玉皇)
- Les Trois Purs (Sanqing 三清)
- Taishang Laojun 太上老君, Laozi divinisé
- Lingguan 灵官, protecteur des temples taoïstes
- Lü Zu, Lü Dongbin 吕洞宾, la figure majeure parmi les Huit Immortels (Baxian )
- Zhenwu 真武, le Guerrier Noir
- L'étoile polaire (Beiji 北极)
- La Reine-Mère de l'Ouest (Xiwangmu 西王母), gardienne du Paradis et du pêcher d'immortalité
- La Dame des Nuages Bigarrés (Bixia Niangniang )
8. La vie dans les temples
- L'ordination pour entrer dans le Dao (Rudao 入道)
- Les cérémonies, suivent le calendrier luno-solaire
- Les Leçons du Matin et du Soir (Zaowan Gongke 早晚功课) - Ecouter
- La pratique individuelle, se fait seul et non en groupe
- L'organisation du temple, chacun son rôle
- Liste des temples taoïstes les plus courants
9. Notions de base
- Le Tao (Dao 道)
Son caractère est une empreinte de pas et une tête, c'est en quelque sorte une direction donnée, un chemin.
Difficile d'en parler tant il est subtil et tend à nous échapper. Le son produit par le nom qui lui a été donné à défaut d'autre chose est censé mesurer son immensité, sa profondeur. Laozi dit de lui qu'il est antérieur à toute divinité, qu'il est l'ancêtre de tous les êtres. Par ce qu'il est la racine de toute chose, le sage taoïste modela sa conduite à ce qu'il parvient à en percevoir à travers ses manifestations évidentes qui sont néanmoins une vision limitée de sa nature. Pour découvrir ce qu'il peut être, on dénoue sa pensée jusqu'à atteindre l'indistinction, la non discrimination qui nous fait retourner à l'unité primordiale. Les taoïstes aujourd'hui suivent un procédé alchimique pour transformer leur Qi en Shenet leur Shen en Vide pour espérer retourner au Dao. C'est un procédé long qui nécessite une transmission et une consécration importante pour espérer sen rapprocher.
De nos jours la culture du Qi et du Shen est l'outil principal du taoïste pour renverser le cours des choses et revenir à sa racine d'avant sa naissance.
- Yin Yang 阴阳
C'est une notion considérée à tort comme taoïste puisqu'elle serait antérieure à l'école de pensée taoïste. Adoptée par l'école Huanglao, cette notion finit par marquer l'ensemble de la culture chinoise et aujourd'hui le Yin et le Yang reste lié à l'histoire de la pensée taoïste qui l'a adoptée puis transmise. Elle découle d'un ordre où l'unité primordiale fut séparée en deux parties pour créer le monde : le subtile, clair monta naturellement pour former le Ciel; le concret, trouble descendit naturellement pour former la Terre.
Anciennement, le Yin et le Yang désignaient les versants montagneux ombragés (ubac) ou ensoleillées (adret), mais aussi les ténèbres de la nuit par rapport à la luminosité du jour. Il faut bien sûr considérer ces deux aspects comme opposés mais complémentaires car n'existant pas l'un sans l'autre.
Laozi nous fait comprendre cela en ces termes justifiant la non prise de position (maintien du centre) : "haut et bas se tournent l'un vers l'autre, devant et derrière se suivent, etc.".
- Cinq Eléments (ou Phases, Wuxing 五行)
Le terme Xing implique non seulement un mouvement, mais une succession comme ceux des pas pour marcher. S'il es vrai que la théorie concerne des éléments naturels, et du fait qu'aucune traduction courante ne peut englober toutes ces notions, il arrive de lire "phase" comme traduction, par un compromis qui met du coup plus l'accent sur la dynamique que sur les éléments. Je proposerai simplement de désigner la théorie en tant que "Cinq Eléments en mouvement" ou bien "la progression des Cinq Eléments" qui me paraît respecter au moins deux des notions.
Comme le Yin et le Yang, ce concept était très populaire et la clé de l'école de pensée du même nom, et fut adopté par la suite par la première école taoïste dite Huanglao (du nom de l'Empereur Jaune et de Laozi), puis transmise aux écoles suivantes. Si bien qu'on retrouve la théorie des "Cinq Eléments en mouvement" en astrologie, en numérologie, dans le confucianisme (qui désigne pour chaque vertu un élément 木为仁,火为礼,土为信,金为义,水为智). C'est un concept fondamental en médecine traditionnelle chinoise qui représente les différents éléments naturels en cinq grandes catégories et agents en perpétuel mouvement les uns par rapport aux autres. Les organes et les viscères notamment (ou les saisons) sont appariés et classés pour être représenté par chacun des cinq éléments : bois 木 [mu], feu 火 [huo], terre 土 [tu], métal 金 [jin], eau 水 [shui].
Comme le Yin et le Yang, ces phases se suivent et entretiennent des relations variées à travers lesquelles un équilibre relatif est maintenu. Ce sont notamment les relations d'engendrement 生 [sheng], de restriction mutuelle 剋 [ke], etc. Se référer à tous les sites médicaux traditionnels chinois qui foisonnent sur le sujet.
- Les Trois Agents (Sanguan 三官)
C'est le Ciel, Terre et l'Eau. Ces éléments primordiaux de notre monde ont été divinisés et sont donc associés aujourd'hui au Grand Souverain des Trois Agents 三官大 帝 [sanguan da di].
- L'Homme uni à la Nature/Ciel (Tianren Heyi 天人合一)
Le Ciel, l'Homme (ou Humanité) sont deux des Trois Origines [san yuan] appelés aussi Trois Capacités 三才 [san cai].
Ce concept fut d'abord abordé superficiellement par Zuangzi ("天地者,万物之父母也"), puis développé par le Yijing proposant de placer l'homme entre le Ciel et la Terre, puis porté par l'école dite néo-confucéenne (on pourrait l'appeler "renouveau confucianiste") qu fut très inspirée par les théories taoïstes, et par le taoïsme qui en fit le fer-de-lance de leur éthique "naturelle" qui considère l'homme (le sage) comme faisant partie de la nature et devant se conformer à la Voie du Ciel [ganying 感应]. Le Yinfujing 阴符经 définit ainsi : "Observer la Voie du Ciel, appliquer la Voie du Ciel voilà tout!".
- Le Wuwei n'est pas l'inaction
- La vertu cachée (Yinde 阴德)
Les taoïstes privilégient l'action par le Wuwei qui implique notamment que l'acte de vertu est spontané. Cette vertu cachée est développée à travers la pratique de la méditation par la quiétude et le non attachement qui en résulte et à travers l'alchimie. On parle aussi de "mérites cachés" pour désigner les gains en Qi originel qui nous font avancer dans la Voie.
- L'énergie vitale/souffle vital (Qi 气) et les vaisseaux (méridiens Jingmai 经脉)
Concept clé de la pratique taoïste, le Qi désigne soit le Qi (du Ciel Postérieur, un des trois "souffles" du triptyque Jing-Qi-Shen), soit le Qi Originel (écrit sous la graphie ancienne ) et qui correspond au Qi Originel. A l'instar du macrocosme, notre corps est un microcosme qui contient trois types d'énergie, de la plus subtile/éthérée Shen (Esprit) à la plus concrète Jing (Essence).
La pratique taoïste aujourd'hui se base essentiellement sur la culture de la Vie 命[ming] (le Qi) et de la Nature 性 [xing] pour retourner à l'unité primordiale du Dao ("cultiver à la fois la Vie et la Nature" 命性双修).
- Les huit vaisseaux extraordinaires
- Les Trois Champs de Cinabre (Dantian 丹田)
il faut comprendre "champ" par "gisement" c'est-à-dire l'endroit où l'on peut trouver un minerai. Ce "minerai" est le "cinabre" 丹 [dan] en référence à l'alchimie opératoire dite "externe" (Waidan) et qui désigne en fait le Qi Originel transmuté dans une cavité du corps particulière, appelée aussi Cavité du Qi 气穴 [qi xue]. Cette cavité est un "réservoir" où s'accumule le Qi Originel.
Il existe dans le corps trois cavités principales sur la face antérieure du corps : le Champ de Cinabre supérieur 上丹田 (le cerveau), médian 中丹田 (le Cœur) et inférieur 下丹田 (la Mer du Qi 气海). Ces trois "gisements" principaux de Qi appartiennent au vaisseau extraordinaire Yin de Conception (Renmai 任脉) et sont connectés à des cavités sensiblement équivalentes mais qui ne thésaurisent pas le Qi qu'on appelle Trois Barrières (Sanguan 三关) et qui se situent sur le vaisseau extraordinaire Yang dit Gouverneur (Dumai 督脉).
- Le procédé alchimique intérieur (Neidan 内丹)
Une fois recueilli le Qi Originel, on l'accumule dans les cavités adéquates et on l'affine toujours plus. Cette transformation, comme la transmutation de métaux en or dans l'alchimie opératoire, est appelée "Cinabre Interne" ou "Alchimie Interne" (par opposition à l'alchimie de laboratoire appelée "externe" 外丹). C'est le procédé physio-psychologique essentiel de la transformation taoïste qui consiste à revenir à l'ordre des choses d'avant la naissance (Ciel Antérieur) et qui fut une véritable école durant la dynastie Song.
Dans ce procédé, il est inutile d'absorber des substances minérales toxiques, ces substances ont des équivalents à l'intérieur du corps : cinabre 丹, plomb 铅, mercure 汞, etc.
- La fusion avec le Dao (Hedao 合道)
10. Textes taoïstes
Les textes taoïstes sont regroupés dans des collections faites sur le modèle bouddhiste avec trois cavernes (Dong 洞). Il y a eu plusieurs collections appelées Thésaurus Taoïste (Daozang 道藏). Le dernier couramment utilisé a été compilé sous les Ming : le Zhentong Daozang (正統道藏), publié à Shanghai.
On y trouve aussi bien des textes sur les rituels et les talismans, sur les mythes et sur l'entraînement taoïste. Le Daozang est le fond culturel taoïste, auquel vient s'ajouter une autre collection plus tardive : " Les Livres Taoïstes en dehors du Daozang" (Zangwai Daoshu 藏外道书).
Xiyi Daoren 希夷道人
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¹ Jacques Gernet : « Le Monde Chinois », éditions Pocket
Jacques Gernet : « Le Monde Chinois »